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Interview Florent GUHL

ENTRETIEN AVEC FLORENT GUHL, DIRECTEUR DE L’AGENCE BIO*

Le Bio en 2016 : un marché qui bat des records !

- En 2015, la Bio a connu un essor sans précédent. Qu’en sera-t-il de 2016 ?

Cette dynamique, enclenchée depuis 2 ans, se renforce encore en 2016. Au 1er semestre de cette année, ce sont près de 3 900 producteurs, toutes filières confondues, qui sont passés en bio. Ce qui représente déjà une hausse de plus de 10 % par rapport à fin 2015 ! Le rythme des conversions devrait continuer à s’accélérer car de nombreux producteurs travaillent déjà avec des méthodes de production proches de celles de l’agriculture biologique. Il n’y a pas deux mondes, la bio et la non-bio, mais plutôt un continuum de pratiques intéressantes. La prise de conscience des producteurs ne peut se faire que par ce cheminement progressif.

- Du côté des consommateurs, la demande en bio explose-t-elle également ?

En effet, en 2015 les chiffres n’ont jamais été aussi élevés : 89 % des Français consomment désormais du bio, contre 60 % il y a 3 ans ! La consommation a grimpé de 20 % en un an, avec un marché estimé à 6,9 milliards d’euros à fin 2016. Le bio a aussi gagné du terrain dans la restauration collective : fin 2015, 58 % de ce secteur proposait des produits bio dans leurs repas, contre 46 % en 2011. C’est dans la restauration scolaire que l’offre bio est la plus importante, avec 75 % des établissements concernés.

- Qu’est-ce qui motive les producteurs à s’engager en bio ?

La hausse de la consommation et la rémunération, meilleure que dans l’agriculture conventionnelle, sont les deux principaux moteurs. Passer en bio, c’est en effet la garantie de prix de vente plus élevés et plus stables. Cela tient notamment à la spécificité de la distribution des produits bio, où la part de marché des magasins spécialisés bio et de la vente directe est plus importante que celle des grandes surfaces alimentaires. C’est particulièrement vrai pour les filières de fruits et des vins où la vente directe à l’exploitation est ainsi beaucoup plus importante que dans la viticulture conventionnelle. Les aides de l’Etat et des collectivités, pour la conversion et le maintien, sont aussi des éléments déclencheurs.

- A l’inverse, qu’est-ce qui peut les freiner ?

La différence de rendement est le principal frein. La plus forte mécanisation, du fait de la réduction d’intrants, et les besoins plus importants en main-d’œuvre génèrent des coûts qui affectent la rentabilité. Sur certains aspects, comme la mécanisation, il y a toutefois des espoirs de gain d’échelle.

- Comment évoluent les filières des fruits et des légumes bio ?

Chacune a son propre rythme de développement. La filière leader du bio en France, comme dans de nombreux pays, est celle des fruits. C’est d’ailleurs souvent le produit d’entrée dans le bio pour les consommateurs, qu’il s’agisse des ménages ou de la restauration collective. La part du bio dans cette filière représente près de 17 % de la surface totale cultivée alors que la moyenne, toutes filières confondues, est de 5,8 %. L’Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine représentent à elles deux 40 % de la production. A l’inverse, les légumes frais bio pèsent encore trop peu : seulement 4,9 % de la surface agricole utile de la filière, soit 18 000 ha dont près de 4 000 ha en Bretagne, la région phare.

- Qu’en est-il des vins bio ?

Cette filière fait toujours preuve d’une très belle dynamique, sans toutefois égaler les records de conversions, de 20 % de hausse par an, enregistrés entre 2008 et 2011. Au 1er septembre 2016, on recense 323 nouveaux viticulteurs engagés en bio, soit 42 % de plus qu’en 2015 sur la même période ! A noter que dans chacun des 5 départements phares du vin bio, à savoir dans l’ordre le Vaucluse, la Gironde, le Gard, l’Hérault et l’Aude, plus de 5 000 ha de vignes sont cultivées en bio. Phénomène assez nouveau, les vins classés AOP ou AOC sont de plus en plus présents dans les rayons des vins bios. Certains châteaux prestigieux ont déjà passé tout ou une partie de leur production en bio.

- A l’image des vins dits conventionnels, les vins bio français sont-ils appréciés à l’étranger ?

Ils ont représentés en 2015 les deux-tiers des exportations françaises de produits bio en valeur. Près de la moitié de la production bio de vins, soit 46 %, a ainsi été vendue à l’étranger. L’export est donc un vrai enjeu pour cette filière, d’autant que 84 % des surfaces viticoles cultivées en bio dans le monde sont situées en Europe, principalement dans 3 pays : l’Italie, la France et l’Espagne. En valeur, le marché français est en tête, devant l’Allemagne puis les Etats-Unis. Le marché international des vins bio est en plein développement, même si pour le moment le marché asiatique reste anecdotique.

*Créée en 2001, l’Agence BIO est une plateforme nationale d’information et d’actions en faveur du développement, de la promotion et de la structuration de l’agriculture biologique en France.